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23/01/2014

Le big data bouscule le droit

Le 21 novembre 2013, j'ai eu le plaisir de participer à la conférence "Le big data bouscule le droit".

C'était une belle réussite. Cette journée LEXposia a réuni, à Paris, de passionnants orateurs et un large public. Maître Gérard Haas, nouveau président du réseau international d'avocats GESICA, a assuré la direction scientifique de cette rencontre. Le réseau GESICA en était partenaire. Et j'ai ouvert les débats.

La Revue Lamy droit de l'immatériel a reproduit mon intervention, avec quelques-uns des visuels de la présentation multimédia qui l’accompagnait.

Elle commençait ainsi :


« Le big data, c’est comme le sexe chez les adolescents : tout le monde en parle, personne ne sait vraiment comment le faire, tout le monde pense que tout le monde le fait, donc tout le monde prétend le faire »[1]. Cette formule de Dan Ariely est percutante ! Et amusante. Et un peu grinçante aussi : le big data ne serait-il qu’un mot à la mode, un mot marketing ou, en bon français, un buzz word ? Il y en a tant dans le domaine des nouvelles technologies.

Big data… Il est vrai que l’expression est bien trouvée. Elle est apparue, dit-on, en 2008, sous la plume des analystes du cabinet d’études américain Gartner. C’est un joli coup médiatique. Mais ce n’est probablement pas que cela, car il y a là une réelle évolution sociale et technologique. 

Évolution sociale tout d’abord. « Prenez toutes les informations produites par l’humanité depuis l’aube des temps jusqu’en 2003. Maintenant, nous produisons la même quantité en tout juste deux jours »[2]. Neelie Kroes, vice-présidente de la Commission européenne en charge de l’agenda numérique, l’a rappelé dans son discours du 7 novembre 2013 sur les big data[3]. Chaque minute, des milliers de tweets, des millions de SMS et d’emails, de vidéos, de fichiers postés sur internet…

Évolution technologique ensuite. Les big data sont des ensembles de données extrêmement volumineux que l’on va traiter et analyser. Mais ce n’est pas tout. Le Big data désigne une démarche particulière, qui « consiste à extraire l’information pertinente d’un ensemble de données » et cet ensemble de données se caractérise notamment par le Volume, la Variété et la Vélocité[4]. C’est la fameuse règle des 3 V[5]. Volume : car grande masse de données qui ne cesse de croitre. Des milliards de milliards de données. Variété : car données diverses qui proviennent de sources tout aussi diverses, non structurées. Vélocité : car données traitées rapidement, voire en temps réel dans l’idéal. On dépasse donc le bon vieux data mining d’antan. L’intérêt pratique des big data tient en effet à leurs nombreuses applications potentielles : analyse financière, connaissance client, identification de tendances à long terme, etc. C’est l’utilité sociale et économique des big data qui conduit à les utiliser. Et, cerise sur le gâteau, le big data aurait même des capacités prédictives. 

Alors on s’émerveille. Et puis on s’inquiète[6]. Le big data, c’est Dr Jekyll et Mr Hyde. Pour prendre une autre image, un universitaire américain l’a comparé à l’uranium. Comme l’uranium, il peut chauffer nos maisons et détruire des nations[7]. Le big data est ambivalent. Sa face sombre bouscule le droit. Mais alors, quelle sera la réaction du droit ? Bousculera-t-il à son tour le big data ? 

Le big data bouscule le droit. Le droit bousculera-t-il le big data ? Ce sont les deux chapitres de l’histoire.


[1] Nous avons traduit de l’anglais : « Big data is like teenage sex : everyone talks about it, nobody really knows how to do it, everyone thinks everyone else is doing it, so everyone claims they are doing it ». Dan Ariely, Professeur de psychologie et d'économie comportementale à l’Université Duke, Caroline du Nord, janv. 2013.
[2] Nous avons traduit de l’anglais : « Take all the information humanity produced from the dawn of civilisation until 2003 – now, we produce the same amount in just two days ».
[3] Le discours est en ligne, en anglais, à l’adresse http://europa.eu/rapid/press-release_SPEECH-13-893_en.htm?locale=FR.
[4] On retrouve cette présentation dans le rapport « Big data : la vision des grandes entreprises », synthèse proposée par le CIGREF, réseau de grandes entreprises, oct. 2013, p. 5. Ce document est disponible à l’adresse http://www.cigref.fr/big-data-vision-grandes-entreprises.
[5] Cette règle a été énoncée par le cabinet d’études Gartner précité.
[6] Laure MARINO, « Notre vie privée : des little data aux big data » : JCP G, n° spécial du 19 nov. 2012 portant sur les actes du colloque « Le secret à l’ère de la transparence », p. 14.
[7] Nous avons traduit de l’anglais : « Like uranium, it can heat homes and it can destroy nations ». Le mot est de Jeremy Bailenson, maître de conférences au Département de communication de l’Université de Stanford.


La suite est à lire à la RLDI !


https://drive.google.com/file/d/0B6ZbjsKP-QDTaE1OQ0tlU1NUMEk/edit?usp=sharing

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Déclaration de Dan Ariely, professeur de psychologie et d'économie comportementale à l'Université Duke, Caroline du Nord, janv. 2013 (image : Gilad Lotan sur Flickr, 31 oct. 2013)


Références : Laure MARINO, Le big data bouscule le droit, Revue Lamy droit de l’immatériel 2013/99, déc. 2013, n° 3300, p. 55.


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09/01/2014

To be or not to be connected : ces objets connectés qui nous espionnent

Pour commencer l'année en beauté et en IT, je vous propose un "Point de vue" sur les objets connectés.

À lire au Recueil Dalloz dans le 1er numéro de 2014 qui paraît aujourd'hui !

Ciel, mon canapé m'espionne ! [Image : Images et réseaux]
Il y a la Smart TV de LG. Mais il y a également le Flower Power qui s’installe dans un pot de fleurs et vous adresse un message sur l’iPhone de la part de votre fleur : j’ai soif. Ou le frigo LG qui, à chaque ouverture, vous envoie un tweet assorti d’une mini-vidéo où l’on vous voit peut-être en flagrant délit de grignotage. Ou encore des chaussures, des réfrigérateurs, des montres (bientôt), des voitures (Audi), des lunettes (Google), des valises (Air France), des pèse-personnes (Withings), des machines à laver, des consoles de jeu, des sèche-linge, des fours, des stylos, des aspirateurs (LG). Comme dans La complainte du progrès de Boris Vian, il ne manque que la tourniquette.

L’internet des objets est un phénomène en plein essor. En 2018, chaque personne disposera de huit objets connectés en moyenne, d’après certains calculs. Il y aura 80 milliards d’objets connectés en 2020. Même notre corps sera connecté via des implants ou des tatouages (Motorola a déposé un brevet pour un tatouage électromagnétique). À quand un recueil Dalloz connecté, qui présente un contenu différent suivant les goûts des lecteurs ?

Il me semble que le droit n’est pas totalement armé pour ces nouveaux défis. Et donc qu'il faut lancer la réflexion.

Bonne année connectée !



À lire au Recueil Dalloz ! 


Références : Laure MARINO, "To be or not to be connected : ces objets connectés qui nous espionnent. À propos des téléviseurs LG", Recueil Dalloz 9 janvier 2014, n° 1, Point de vue p. 29.

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